Honda XL1000V Varadero : l'essai complet
L'évolution du marché est telle qu'il reste un vide aujourd'hui entre les basiques utilitaires de milieu de gamme pouvant prétendre à une utilisation routière et les grosses GT. Ainsi, entre la classique Honda Deauville, bien seule dans sa gamme de prix, et les luxueuses Pan European ou autres BMW, il n'existe quasiment pas de moyen terme économique et dynamique... excepté les gros trails. Dernière nouveauté et grande représentante du genre, la Varadero millésime 2003 est affichée à 10 760 euros (au 01/06/03). Elle vient ainsi relever la première version sortie en 1999 en adoptant différents aménagements qui la relancent sur le marché, particulièrement face aux Yamaha 900 TDM et Suzuki DL 1000 V-Strom.
Physique et expérience recommandés
Une
fois à bord, ces changements sont immédiatement
perceptibles. La selle
raffermie, le nouveau dessin du carénage et la bulle
étroite affinent
considérablement la silhouette de la Varadero. Allégeant
la face avant,
le double optique (différent de forme mais très semblable
par ailleurs)
projette un faisceau sécurisant, aussi dense en code qu'en plein
phare.
L'ergonomie d'ensemble est restée agréable, même si
les moins de 1,70 m
auront bien du mal à poser les pieds à plat au sol. Qu'on
ne s'y trompe
pas, ce trail est un gros calibre qui nécessite un physique
adéquat et
une expérience certaine. Notamment pour les roulages
chargés ou tout
simplement pour les manoeuvres sans l'aide du moteur, voire même
le
béquillage sur la centrale (en option)... Une fois à
bord, le réservoir
volumineux écarte toujours sensiblement les cuisses sans se
montrer
gênant. On se sent à l'aise à bord de la Varadero
grâce notamment au
grand guidon. Il facilite entre autres la prise en mains de la moto
à
basse vitesse d'autant plus que son rayon de braquage se montre
excellent.
Dorénavant monté rigide dans le cadre, le moteur propage un peu plus de vibrations (surtout à haut régime) dans les repose-pieds sans devenir d'ailleurs gênant. Car globalement, c'est avant tout lui qui tire les principaux bénéfices de cette évolution 2003. Son injection électronique et sa nouvelle boîte de vitesses font décidément des miracles.
Le V twin fait des miracles !
Le
gros V twin est désormais capable d'enrouler à partir de
2 000 tr/min
sur le dernier rapport, voire 1 500 tr/min sur les
intermédiaires, là
où l'ancien modèle claquait copieusement. Seule
concession, on note
juste de temps à autre une réponse un peu floue à
très bas régime,
voire quelques à coups et des calages, heureusement
limités. Pour sa
part, douce, rapide, précise, dotée cette année
d'un sixième rapport et
complètement re-étagée sur tous les autres (plus
courts), la boîte de
vitesses est vraiment un modèle du genre. Elle épaule
efficacement le
moteur et lui procure entre autre un comportement plus vif, voire
sportif. S'il permet déjà d'enrouler à un bon
rythme dés 3 000 tr/min,
c'est surtout dans la plage de 4 à 7 000 tr/min que le V twin
Honda se
montre le plus agréable au quotidien. Certes, son injection
lisse un
peu les sensations. Mais rassurez-vous, il en reste bien assez pour
vous convertir au bicylindre, grâce à sa grosse plage de
régime
efficace et notamment ses accélérations bien pleines
jusqu'à près de 8
000 tr/min... Revenu à un rythme plus raisonnable, soit 150 km/h
compteur, il ronronne désormais à seulement 5 100 tr/min,
soulagé par
son sixième rapport. Conséquence, la Varadero "tourne"
moins vite que
sa devancière et en oublie son appétit vorace au profit
d'un bon coup
de fourchette. Sans devenir "économique", sa consommation
moyenne est
en net progrès (entre 1 et 2 l. de moins en moyenne), au grand
bénéfice
de son autonomie (près de 300 km dorénavant). Sans doute
les
responsables marketing voulaient-ils d'ailleurs insister sur cette
évolution... La Honda est équipée d'une fonction
permettant au pilote
de visualiser la consommation en temps réel, via les
fenêtres à
cristaux liquides au tableau de bord. Mais à l'usage,
voilà un gadget
plus anecdotique qu'utile. On aurait préféré
à la place une vraie jauge
avec un indicateur d'autonomie sur la réserve, par exemple.
Mieux vaut assurer que tenter le diable
Autre
point positif, cette nouvelle Varadero affiche une tenue de cap
très
franche (sans valises), y compris dans les courbes rapides.
Modifiée au
niveau du cadre et des fixations moteur (désormais
dépourvues de
silentblocs), la moto fait montre d'un comportement incontestablement
plus nerveux et précis. Si bien que dans les enfilades, elle est
très
agréable à piloter, voire même sécurisante.
Sa direction étonnante de
légèreté facilite d'ailleurs grandement les
entrées en virage, même si
la longueur de la moto et son poids plutôt haut perché
n'en font pas
précisément une reine de l'improvisation... Comme la
plupart de ses
concurrents, le gros trail Honda a tendance à arrondir ses
trajectoires. Mieux vaut donc "assurer" que tenter le diable à
son
bord, d'autant que ses suspensions naturellement très à
l'aise sur le
billard, dévoilent vite leur revers sur les bosses. Certes,
celles-là
présentent un compromis étudié pour une
utilisation large, du solo au
duo chargé avec valises. Mais en usage courant juste en solo, il
faut
bien reconnaître que la Varadero est loin de présenter
l'onctuosité
d'une vraie routière, même en réglant la
précontrainte de l'amortisseur
arrière au mini. La selle décidément ferme a
d'ailleurs bien du mal à
compenser. Son dessin en deux parties gêne d'ailleurs le
passager,
condamné à se placer au niveau de la jointure afin de ne
pas trop
s'éloigner du pilote. Mais dans l'ensemble, celui-là s'en
tire
d'ailleurs à bon compte, grâce aux repose-pieds bas et aux
généreuses
poignées.
Le TT ? Une illusion...
Au
moins, si la protection a régressé en raison de la bulle
plus étroite,
elle se montre suffisante pour un pilote de taille moyenne. Les bras
sont à peine exposés, le buste bien à l'abri du
vent, appuyant pour
l'essentiel sur le haut du casque. En revanche, les excroissances
ménagées au niveau des jambes et des pieds se montrent
peu efficaces
sous la pluie.
De son côté, le freinage conserve le fameux dispositif intégral déjà connu sur les routières de la marque. Mais il fait preuve ici de beaucoup moins d'agressivité à la pédale, commandant les disques avant et arrière. Il faut alors une sérieuse impulsion du pied pour se ralentir décemment, et le renfort du levier au guidon pour assurer un freinage efficace. Globalement, tout cela manque un peu d'attaque, surtout en comparaison de l'équipement de la Pan European, très semblable techniquement mais plus agressif. Au moins, voilà qui permet de ne pas trop se faire surprendre sur le mouillé. Quant à piloter l'engin sur un terrain meuble ou sur les pistes, mieux vaut ne pas y songer... Bien trop ferme en suspensions, alourdie sur ce millésime de 15 kg, la Varadero, tout comme la plupart de ses concurrentes, ne pourra même pas y faire illusion. A se demander d'ailleurs pourquoi elle conserve des pneus mixtes route/tout terrain sur ses jantes à bâtons, là où des profils purement routiers offriraient des qualités d'adhérence et de guidage plus adaptées à ses aptitudes réelles.
Un look, un style
Alors
finalement, cette Varadero 2003 ? S'il fallait analyser l'engin (ainsi
que la catégorie) d'un point de vue purement pragmatique, il est
évident que le bilan se montrerait mitigé. Haute de
selle, dotée d'une
transmission par chaîne, non prévue à l'origine
pour recevoir un kit
valises réellement intégré et pas
irréprochable en matière de
protection, la Varadero ne fait pas exception à la règle
en se montrant
globalement moins efficace qu'une vraie routière de milieu de
gamme.
Seulement voilà, outre la Honda Deauville et la moins
convaincante Yamaha 900 Diversion,
il n'y a quasiment plus de routière de milieu de gamme !
Malgré tout,
si on considère les gros trails sur un point de vue plus
général, il
est clair que la Varadero possède largement de quoi tirer son
épingle
du jeu. A l'aise au quotidien, sur route et autoroute, désormais
très
efficace côté moteur, valorisante par sa ligne et ses
proportions,
correctement finie et équipée, elle reste une moto
attachante à
condition de posséder soi-même un physique à peu
près compatible
(mesurer au moins 1,70 m). Et puis, une Varadero, c'est avant tout un
look, un style, une impression de chevaucher plus que de piloter, de
superviser la route plus que de l'avaler, des sensations
particulières
et pour tout dire, plutôt agréables. Certes, elle conserve
les défauts
du trail sans ses qualités hors des sentiers battus... C'est une
vérité
qu'il ne faut pas sous estimer, surtout si vous projetez un raid digne
de ce nom. Dans ce cas, une Suzuki 650 Freewind, Yamaha 600 XT ou la
luxueuse KTM Adventure par exemple seront sans aucun doute bien plus
indiquées.
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